Tant de temps…

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« Quel âge a le jardin? », voici une question qui revient régulièrement parmi les visiteurs, une question qui m’interpelle sur la notion du temps et de son écoulement lorsque l’on accompagne un jardin lors de sa croissance.
Enfant, les grandes vacances me paraissaient interminables… mais bien courtes comparées à la partie scolaire!Est-ce la perte des rythmes, des divisions quotidiennes et répétées qui donnait aux vacances un espace de libertés aux limites agrandies? Plus d’heures de levé et de couché, de créneaux horaires pour les cours et les récréations… bref une souplesse d’utilisation du temps qui  donnait l’impression que Cronos faisait couler le sable plus lentement!
Le jardin est un lieu diabolique pour l’écoulement du temps, non pas pour celui qui en profite et le reçoit mais pour celui qui le vit et le sert.
Le temps y est découpé, divisé, fractionné,  à toutes les échelles; de la vie humaine dans sa plus large à la cueillette d’une fraise dans son infime. Les échelons sont multiples dès lors et quoi que l’on fasse, ils donnent une section de valeur temporelle; l’année et les mois, le jour et la nuit, l’heure avec ses minutes et les secondes… la saison avalant d’un trait quatre mois et les radis dix huit jours!
Bref, à chaque instant présent le jardinier laisse derrière lui selon sa vision un grain de sable ou la dune du Pilat. Comme si cela ne suffisait pas avec un présent insaisissable et souvent noyé de passé, il faut dans le jardin bien souvent se projeter dans l’avenir et anticiper..c’est à dire commencer à planifier, égrener et mesurer du temps encore non existant et consommable.
Depuis près de vingt ans, ai-je construit un jardin désormais âgé de vingt ans ou suivant une autre logique ai-je participé à faire renaître un jardin nouveau à chaque cycle et ainsi réalisé… vingt jardins différents âgés respectivement de quatre saisons.
Suivant le Mythe, le jardin est un espace sacré et divin, alors assurément hors du temps et de l’espace. Comme le délicieux « XO », il est alors hors d’âge et ne peut subir l’empreinte et les affres du temps.
Jeux de mots, méningite aigu et noeuds à la tête direz-vous… alors que pensez-vous de cette impression; le temps annuel au service du jardin me paraît compter double tellement il passe rapidement, voire triple! Accompagner un jardin et être en quelque sorte son tuteur ferait vieillir plus vite? Idée saugrenue et théorème peu objectif, tout cela n’est qu’une vue de l’esprit. Parce que si tel était le cas… il faut vite prévenir la Nasa, inutile alors d’envoyer des astronautes hors de l’atmosphère terrestre pour découvrir la perception et les variations du temps entre ces deux espaces.
Chacun de nous avec son métier décompose le temps et le compte, ainsi que l’on soit garagiste, boulanger, docteur , le banquier pour qui le temps serait de l’argent paraît-il…etc, c’est certainement pour nous tous la course contre la montre!
Ce qui est plus certain c’est que ces années de construction horticole m’ont construit parallèlement, elles sont de solides années d’expériences m’ayant façonné, affermi et aguerri .
Tout ce temps à épauler le jardin, tant de temps pour un travail inachevé, car le jardin ne sera jamais fini! Est-ce que je perds mon temps? Et le désespoir ne risque t-il pas de m’assaillir? Guillaume  d’Orange a trouvé la solution philosophique et salvatrice,  » Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer ». Ouf, je suis dès lors dans le bon timing pour l’inaccessible.
Et puis enfin la notion du temps est bien trop subjective, point final! Rappelons nous Bernard le Bouyer de Fontenelle avec  » L’entretien sur la pluralité des Mondes »,  » De mémoire de roses on n’a jamais vu mourir un jardinier ». Lorsque l’éphémère semble être votre décompte, ce qui est au-delà vous apparaît éternel…? Et vice et versa, chaque phénomène éphémère est éventuellement une part d’éternité pour les autres en dessous…?

Un jardinier perdu dans la nature?

Il est grand temps de fermer ces  » tarabiscotages » cérébraux et de retourner au concret, le terre à terre.
Eau et soleil sont un cocktail détonnant pour la végétation, nous en finissons tout juste avec les haies… Nous sommes actuellement entrain de découper les haies du bocage, la dernière étant la longue haie d’érables champêtres avec ses hautes arches.

Arche verte

Porte grillagée végétale

Mais point de répit, les premières taillées demandent à nouveau d’être reprise! « Année de foin, année de rien » dit le dicton; faux, année des feuilles et des haies. et cette année nous allons peut-être battre le record d’heures annuelles pour le travail de taille des haies; près de 1400 heures!
Juillet , mois des navets! Je ne parle pas d’éventuelles pièces de théâtre très médiocres qui risque d’être à l’affiche prochainement, je n’est aucune compétence dans le domaine de la critique théâtrale.
Il s’agit bien sûr des légumes racines que tout le monde raffole, et avec eux vous êtes assurés d’un succès gastronomique si injustement au sens figuré ils désignent une oeuvre insipide.
Pour être au mieux de ses qualités ce légume doit pousser vite; chaleur et humidité doivent être au rendez-vous. Si les orages d’eau venaient à manquer, il faut faire appel à l’arrosage d’appoint bien évidemment.
Pour cette culture d’été il est bon de s’orienter vers des variétés dites » tardives »;  » Marteau »,  » Nancy »,  » Jaune boule d’or » par exemple.
Vous devrez avoir une terre fraîche et semez clair en lignes avec un léger recouvrement par le petit coup de râteau en biais bien connu… eau et binage fréquents feront le reste. Eventuellement un éclaircissage si la densité du semis est élevé, voire un deuxième éclaircissage une quinzaine de jours qui suit le premier.
Le gros problème avec les navets comme de l’ensemble des crucifères, ce sont les attaques des altises. Je laisse à chacun son moyen de lutte contre les insectes, tout existe du plus radical et dur au plus soft.
Le navet est un légume riche en vitamine et en soufre, vous pouvez également enrichir votre corps de fer si vous le cultivez à l’anglaise…c’est à dire comme les épinards pour ses feuilles.
Dans cet optique soyez patient car il faudra attendre septembre! Même technique de semis; clair, en rayons espacés et peu profonds. Il est important de semer clair pour cette option car il ne faut pas toucher aux plants dès leur levée.
Dès que les feuilles auront atteint un développement satisfaisant ( 20 cm), il suffit de les couper  au fur et à mesure des nécessités pour la cuisine.

17h, ouf encore une longueur de haie taillée! Portant dans ma tête trotte la parole du  lapin blanc tenant un réveil en main dans le conte »d’Alice au pays des merveilles »;  » Je suis en retard, je suis en retard…. », mais quand aurai-je le temps pour cultiver mon jardin?