Le jardin nourricier : première partie

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Ce thème était celui des « Rendez vous au jardin 2011 », manifestation ayant eu date les 3, 4 et 5 juin derniers. Partout en France, des jardins ouverts au public proposaient des visites sur le jardin nourricier.
Orsan ne dérogeant point à la règle vous avez été de nombreux visiteurs à suivre ces visites thématiques. Voici en rappel ou en découverte une synthèse des échanges sur ce thème imposé. Le jardin nourricier est abordé sous deux regards : celui du jardinier avec ses convictions et ses impressions intimes puis dans le cadre spécifique et historique des jardins du prieuré Notre-Dame d’Orsan.
Tout d’abord, que veut dire nourricier ? Ce mot vient de nourrice. Celle qui élève un enfant qui n’est pas le sien, de cette définition se dégage l’idée de mère, de matrice.
Nourricier est aussi le qualificatif qui signe la particularité de celui qui fournit, qui procure de la nourriture. Donc de façon plus large qui contribue à la nutrition, ce qui amène une question primordiale : qu’est ce qu’une nourriture ?
Selon l’encyclopédie, une nourriture est tout ce qui entretient la vie d’un organisme en lui procurant des substances à assimiler. Par nature, il est permis d’envisager deux nourritures vitales qui devraient être aux repas des Hommes… celles du corps et de l’esprit.
Dans un premier temps je prendrai une autre approche pour définir le terme de nourricier : celui qui fournit des moyens de subsistance. Je pense au salaire, contre-partie qui accompagne un travail.
Ce travail étant lui-même l’expression d’un métier, activité existentielle qui permet de s’accomplir, de se réaliser. Un métier, le cas échéant, peut-être une réponse (parmi d’autres !) pour donner un sens à sa vie.
Le jardin nécessite deux métiers pour apparaître, l’architecte et le jardinier. L’architecte est le père naturel du jardin, il donne l’esprit et la trame de construction. Son métier utilise des instruments délicats comme la règle et le compas (peut-être désormais substitués par des logiciels malins ?), et même s’il va sur le terrain pour les relevés c’est un jardin virtuel né de son imaginaire qui existe exclusivement dans sa tête.

Plan des Jardins du Prieuré d'Orsan

Le plan est la partie visible de ce jardin d’architecte, des axes de tracé forment la charpente invariable au temps. Ces axes tels des circulations, distribuent des pièces comme dans un bâtiment d’habitation.

Un jardin doit subir les mêmes recherches d’harmonie, de proportions, de logistique pour que les hommes s’y sentent bien : n’est-il pas lui aussi un lieu de vie ?
Jardin virtuel, ai-je osé dire ? Le jardin existe bel et bien, mais à plat sur un plan. Tout y est : l’échelle, l’orientation, le relief, le nom et les quantités des plantes ou autres matériaux. Ce plan est fourni au jardinier qui « relève le plan », il donne de l’élévation à tout ce qui n’était que traits et lignes.

Le jardinier « père adoptif » engendre le corps du jardin : avec ses outils et les végétaux le jardin se révèle en trois dimensions. Le jardin devient concret et compréhensif à contrario de sa version sur plan qui ne peut être lue et interprétée faute de connaissances appropriées.
Le corps du jardin est bien évidemment ce qui retient le plus l’attention… et les yeux ! L’extérieur, le visible, le physique (le gazon tondu, les haies taillées, les fleurs…) est regardé et vu en exclusivité car ce sont nos cinq sens qui nous permettent d’appréhender l’espace qui nous environne.
Pourtant le travail de l’architecte est bien là, partout mais dissimulé par le corps du jardin. Tout comme le squelette est occulté par la chair dont il est le porteur.

Architecte et jardinier semblent invariablement complémentaires, procurant au jardin idéalement construit sur ces deux fondations une atmosphère spécifique. Ce jardin est saisit par les yeux comme par le cœur, par les mains comme par l’intellect, c’est ma conviction concernant ce que reflètent les Jardins du Prieuré Notre Dame d’Orsan. Mais là vous allez dire que je prêche pour ma chapelle !
Revenons sur l’apport de salaire que fournit le jardin qualifié de nourricier.
Travail et salaire sont souvent liés dans le monde courant, le salaire étant cette contrepartie financière à un travail : tout travail mérite salaire n’est-il pas dit ! Si cette facette du sens salaire n’est pas à rechigner (la vie matérielle à un prix !), je veux associer la notion de salaire au-delà du travail, qui n’est qu’un intermédiaire et l’expression d’un métier.
Exercer un métier que l’on a choisi, que l’on aime et grâce auquel on s’accomplit et se réalise au quotidien, reste à mes yeux la plus grande des gratifications. C’est ce salaire là que je veux qualifier de nourricier, un salaire hors de prix puisqu’il remplit en partie la vie.
Etre jardinier devient dès lors très enrichissant !

Lire la deuxième partie de cet article.